Qui est réellement Kim Dracula ?
Derrière le phénomène TikTok, un artiste beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Analyse de son parcours musical, de ses débuts en Tasmanie à ses collaborations prestigieuses et son nouveau chapitre chez Rise Records.
J’ai écouté énormément de musique dans ma vie.
J’ai moi-même joué dans quelques groupes lorsque j’étais plus jeune et, avec les années, j’ai développé un intérêt particulier pour les artistes qui refusent de rester enfermés dans une formule.
Et pourtant, en 2026, un artiste a réussi à me surprendre comme ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps : Kim Dracula.
À première vue, son histoire semble presque trop simple.
Un jeune artiste australien au look extravagant publie des vidéos sur TikTok, devient viral, démontre une polyvalence vocale assez hallucinante et finit par sortir un album complètement déjanté.
C’est du moins l’impression que j’avais.
En m’intéressant davantage à la personne derrière Kim Dracula, j’ai découvert une histoire beaucoup plus intéressante.
Kim Dracula n’est pas né sur TikTok
Kim Dracula est le nom de scène de Samuel Wellings, musicien originaire de Hobart, en Tasmanie.
TikTok a incontestablement joué un rôle majeur dans son explosion auprès du grand public, particulièrement avec sa réinterprétation métallique de Paparazzi de Lady Gaga en 2020.
Mais contrairement à ce qu’on pourrait facilement croire en découvrant son parcours à reculons, Wellings n’a pas commencé la musique devant la caméra d’un téléphone.
Il avait déjà derrière lui plusieurs expériences musicales.
Avant Kim Dracula, il a notamment été batteur dans différents groupes de la scène tasmanienne, dont The Dead Maggies. Il a également été chanteur du groupe de heavy metal australien Jesterpose, formé en 2017.
ABC Australia rapporte d’ailleurs que Wellings avait joué dans « plusieurs » groupes tasmaniens avant son explosion sur les réseaux sociaux.
Cette information change considérablement la manière dont on peut regarder le phénomène Kim Dracula.
TikTok n’a donc pas créé un chanteur à partir de rien.
Il lui a plutôt fourni une scène.
Et Wellings semble avoir compris très rapidement le potentiel de cette scène. Dans une entrevue accordée à ABC en 2024, il explique avoir réalisé très tôt pendant la pandémie que TikTok pouvait devenir une porte d’entrée vers beaucoup plus grand. Il y a alors consacré énormément de temps.
Le succès qui a suivi n’était peut-être pas prévisible.
Mais l’utilisation de TikTok, elle, était beaucoup plus intentionnelle qu’elle pouvait le sembler de l’extérieur.
Puis arrive Paparazzi
Sa reprise de Paparazzi devient virale en 2020 et transforme rapidement Kim Dracula en phénomène international.
Selon ABC Australia, elle avait dépassé les 150 millions d’écoutes sur Spotify à la fin de 2024.
Mais « phénomène » est probablement le mot important.
Parce que lorsqu’on découvre Kim Dracula à travers de courtes vidéos, il est facile de retenir d’abord le personnage : maquillage, mimiques, changements de voix, esthétique provocatrice, humour étrange et performances volontairement excessives.
Puis on commence à écouter attentivement.
Et c’est là que ça devient beaucoup plus difficile de réduire Kim Dracula à un phénomène TikTok.
Samuel Wellings possède une polyvalence vocale franchement impressionnante : chant clair, rap, scream, growl, passages presque théâtraux et changements complets de timbre peuvent se succéder à quelques secondes d’intervalle.
Mais le plus étonnant n’est peut-être même pas le nombre de choses qu’il sait faire.
C’est qu’il semble vouloir toutes les faire.
A Gradual Decline in Morale : un terrain de jeu sans clôture
Le 14 juillet 2023 arrive son premier album, A Gradual Decline in Morale.
Vingt morceaux.
Environ 48 minutes.
Et difficile de trouver meilleure démonstration de sa philosophie musicale.
L’album est divisé en trois actes — The Pledge, The Turn et The Prestige — et mélange sans complexe metal, deathcore, nu metal, trap, funk, électronique, passages cinématographiques et une quantité presque absurde d’autres influences.
Apple Music décrit justement l’album comme une sorte de symposium de styles, d’ambiances et d’hommages, construit par un artiste ayant grandi dans une époque où pratiquement tous les genres musicaux sont accessibles instantanément.
Et à l’écoute, ça s’entend.
Quand les Red Hot Chili Peppers débarquent sans prévenir
Sur My Confession, par exemple, certains passages de basse et la façon dont la voix vient s’y greffer m’ont immédiatement fait penser aux Red Hot Chili Peppers.
Et apparemment, je ne suis vraiment pas le seul à l’avoir entendu.
La présentation éditoriale d’Apple Music décrit précisément My Confession comme incorporant du slap funk à la Red Hot Chili Peppers.
Quelques instants plus tard, la chanson est déjà ailleurs.
Et c’est pratiquement la philosophie de l’album au complet.
Apple Music relève notamment du deathcore accompagné d’une touche d’Elvis sur Land of the Sun, du synthwave sur Are You?, du trap sur Seventy Thorns et une réinterprétation particulièrement sombre de Iris des Goo Goo Dolls.
Essayer d’attribuer un seul genre à Kim Dracula devient rapidement un exercice assez futile.
Des collaborateurs qui commencent à peser lourd
Puis il y a les noms qui commencent à apparaître autour de Kim Dracula.
Sur Seventy Thorns, on retrouve Jonathan Davis, chanteur de Korn.
Sur Are You?, Kim Dracula collabore avec l’artiste australien Kirin J Callinan.
Et au fil des années, Wellings apparaît également aux côtés d’artistes provenant d’univers très différents : Tech N9ne, SosMula, IC3PEAK, Left to Suffer, SeeYouSpaceCowboy et In This Moment, entre autres.
Ce ne sont plus simplement des statistiques TikTok.
Ce sont des collaborations avec des artistes établis provenant de plusieurs scènes musicales.
Et son parcours prend une tournure encore plus inattendue en 2024.
Kim Dracula… dans une œuvre de Lin-Manuel Miranda ?
Oui.
En 2024, Kim Dracula participe à Warriors, l’album conceptuel de Lin-Manuel Miranda et Eisa Davis, inspiré du film culte The Warriors.
Il y interprète Luther.
Et ce choix n’est pas anodin.
Dans une entrevue publiée par GRAMMY.com, Miranda et Davis expliquent qu’ils cherchaient pour Luther une énergie beaucoup plus chaotique que ce qu’aurait permis une approche rap traditionnelle.
Ils se sont donc tournés vers le metal.
Et Kim Dracula s’est retrouvé dans le rôle.
Pour quelqu’un qu’on pourrait encore facilement percevoir comme « le gars étrange devenu populaire sur TikTok », se retrouver dans un projet de Lin-Manuel Miranda aux côtés d’une distribution aussi imposante raconte déjà une histoire assez différente.
Un premier album volontairement chaotique
Personnellement, je vois A Gradual Decline in Morale comme une gigantesque aire de jeu.
Et je ne dis absolument pas ça péjorativement.
Au contraire.
On sent un artiste qui possède désormais les moyens de concrétiser pratiquement toutes ses idées et qui décide de ne presque rien filtrer.
Il essaie.
Il mélange.
Il casse ses propres chansons.
Il reconstruit quelque chose d’autre trente secondes plus tard.
Et parfois, il donne presque l’impression de vouloir vérifier jusqu’où il peut aller avant que l’auditeur abandonne.
La production est énorme, la qualité sonore est remarquable et, derrière le chaos apparent, l’album possède néanmoins une véritable structure.
Les trois actes — The Pledge, The Turn, The Prestige — donnent un squelette à une œuvre qui, musicalement, refuse pratiquement toute frontière.
Ce n’est donc pas simplement une collection de genres destinée à montrer combien de voix différentes son chanteur peut faire.
Derrière le spectacle, il y a une vision.
Mais jusqu’ici, j’avais tout de même l’impression d’écouter un artiste en pleine expérimentation.
Puis est arrivée Molecular Conversion.
Molecular Conversion : quelque chose vient de changer
Le 22 juillet 2026, Kim Dracula publie Molecular Conversion.
Nouveau morceau.
Mais également nouveau label : Kim Dracula rejoint Rise Records.
Et cette fois, le changement est explicitement présenté comme le début d’une nouvelle période.
À la sortie du morceau, Kim Dracula résume cette transition en quelques mots :
« New song. New label. New story. »
Knotfest décrit d’ailleurs Molecular Conversion comme un point tournant dans la trajectoire du projet, tandis que Kerrang! parle directement d’un nouveau chapitre.
Et à mon avis, ça s’entend.
De A Perfect Circle à System of a Down
On reconnaît immédiatement Kim Dracula.
L’artiste n’a certainement pas décidé de devenir conventionnel.
Molecular Conversion conserve les changements de dynamique, les passages lourds, les moments beaucoup plus mélodiques et cette impression permanente que la chanson pourrait bifurquer dans une direction complètement différente.
Mais quelque chose me semble différent.
Il y a davantage d’espace.
Davantage d’atmosphère.
Et surtout, une impression beaucoup plus forte de cohérence.
La comparaison avec A Perfect Circle m’est venue assez naturellement à l’écoute.
Et là encore, je suis loin d’être le seul.
Kerrang! décrit carrément Molecular Conversion comme une rencontre entre System of a Down et A Perfect Circle, avec une dose supplémentaire de théâtralité.
C’est probablement une des meilleures descriptions courtes que j’ai vues du morceau.
Mais ce qui m’intéresse surtout n’est pas de savoir exactement à quel groupe Kim Dracula ressemble.
C’est de constater ce qu’il semble faire de toutes ces influences.
La suite logique
Je ne vois pas Molecular Conversion comme une rupture avec A Gradual Decline in Morale.
Je la vois comme sa suite logique.
Le premier album devait peut-être être aussi excessif qu’il l’était.
Kim Dracula devait peut-être essayer le deathcore, le rap, le jazz, le funk, l’électronique, les voix absurdes, les passages cinématographiques et les changements de direction impossibles.
Il fallait peut-être ce gigantesque terrain de jeu pour découvrir ce qui allait finalement rester.
Et Molecular Conversion me donne précisément cette impression :
celle d’un artiste qui ne renonce absolument pas à sa folie, mais qui commence à la canaliser.
Il ne semble plus avoir besoin de nous prouver qu’il peut tout faire.
Il peut maintenant choisir ce qu’il veut faire de tout ce talent.
Et c’est là, selon moi, que Kim Dracula devient encore plus intéressant.
Parce que derrière le personnage extravagant, le phénomène TikTok et les millions d’écoutes, il y avait depuis le début beaucoup plus qu’un jeune homme talentueux qui avait eu de la chance devant une caméra.
Il y avait un musicien.
Un musicien qui avait déjà joué dans plusieurs groupes.
Qui avait déjà été batteur.
Qui avait déjà été chanteur.
Qui s’est servi intelligemment d’une nouvelle plateforme pour trouver son public.
Qui a ensuite construit un premier album complètement démesuré.
Qui a collaboré avec Jonathan Davis de Korn.
Qui s’est retrouvé dans une œuvre de Lin-Manuel Miranda.
Et qui, aujourd’hui, semble peut-être commencer une nouvelle étape de son évolution artistique.
On ne regarde donc plus simplement un artiste devenir célèbre.
On regarde un artiste trouver son identité.
Pour moi, Kim Dracula est probablement ma plus grande découverte musicale de 2026.
Et si Molecular Conversion représente réellement le début du prochain chapitre, je suis extrêmement curieux de voir où il va nous amener.
Sources et lectures complémentaires
-
ABC Australia — Musician Kim Dracula’s rise to stardom after making TikToks at home
Une excellente lecture pour comprendre le parcours de Samuel Wellings avant et pendant son explosion sur TikTok, ses groupes en Tasmanie et le rôle déterminant de Paparazzi. -
Apple Music — A Gradual Decline in Morale
Présentation éditoriale particulièrement intéressante de l’album et de son mélange de genres. C’est notamment Apple Music qui relève explicitement l’influence Red Hot Chili Peppers dans My Confession. -
Qobuz — A Gradual Decline in Morale
Crédits détaillés de l’album permettant notamment de retrouver les producteurs, ingénieurs et collaborateurs ayant participé au projet. -
GRAMMY.com — Lin-Manuel Miranda et Eisa Davis à propos de Warriors
Entrevue particulièrement intéressante sur la création de l’album conceptuel Warriors et sur la recherche de l’énergie musicale correspondant au personnage de Luther, interprété par Kim Dracula. -
Kerrang! — Kim Dracula signs with Rise and releases single Molecular Conversion
Présentation du nouveau chapitre de Kim Dracula et rapprochement particulièrement intéressant entre Molecular Conversion, System of a Down et A Perfect Circle. -
Knotfest — Kim Dracula Begins Rise Records Campaign with “Molecular Conversion”
Article sur la signature avec Rise Records, la sortie de Molecular Conversion et ce que Kim Dracula présente lui-même comme le début d’une nouvelle histoire. -
Qobuz — Molecular Conversion
Crédits techniques du morceau : Kim Dracula et Thomas Wellings à la production, WZRD BLD à la production, Zakk Cervini au mixage et Ted Jensen au mastering.
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